Friday, 19 February 2016

On n'est pas diable!

Lieu : La gare d’Ojuelegba, Lagos





 Nous étions Lundi, le 2 Novembre, 2015. Il était 21 heures 22 minutes. Je me rappelle de cette heure et cette date car c’était mon premier jour à mon nouveau travail et je me dépêchais pour pouvoir rejoindre mes amis dans un restaurant chinois pour le fêter. Nous avons fixé 20 heures comme l’heure de rendez-vous. Et comme vous avez remarqué, je contrôlais les aiguilles de l’horloge pas à pas.
“Elle meurt de l'asthme, ma fille est sur le point mourir à cause de 850 naira !" Dit-il d’un ton angoissé.
L'homme, qui portait une chemise cartonnée et un pantalon jeans, avait une mine très inquiète. On ressentirait de la pitié pour lui facilement. Il avait une maitrise de l'anglais et son accent était doux.
« Je suis certain que ce pauvre gars rentre du travail. C’est dommage qu’il n’ait même pas les moyens d’acheter les médicaments pour sa fille pour qu’elle puisse rester en vie. » J’ai entendu lamenter une passagère au costume comme les banquières apparemment rentrant du travail aussi.
L’homme restait debout devant la porte d’entrée du bus comme il continuait de solliciter l’aide des passagers. Je l’ai esquivé adroitement et me suis assis dans le bus sortant mon portable et mes casques pour me bloquer les oreilles.
« Il y a trop d’escrocs dans les rues de Lagos, comment croire à l’histoire de ce gars ? Il est peut-être juste un autre « mendiant élégant ». L’expérience m’a tout enseigné. Moi, je m’en fous de lui et son récit » J’ai conclu.
J’ai mis mon morceau favori d’Adèle et comme d’habitude me suis concentré sur chaque ligne comme un espion recevant des consignes sacrosainte. Les yeux fermés, je voulais capter chaque mot et ligne mélodieuse. Mais je n’ai pas pu arriver à m’ignorer du gars criant à la portière du bus, le gars dont sa fille allait succomber à l’asthme sans nos aides. C’était comme si la tension que j’ai entendue dans sa voix venait de bouleverser tout de ma tête ; la musique, même les pensées de mes amis qui m’attendaient au resto. Il ne restait que ses pensées à lui.
« Elle a besoin d’un inhalateur chaque semaine, c’est celui de cette semaine que je vous prie de m’offrir. Il me manque 850 pour compléter la somme. Ma fille peut mourir ce soir sans son inhalateur. Aidez-moi s'il vous plait » il expliquait quand j’ai enlevé les écouteurs.
Presque tout le monde avait commencé par lui donner de l'argent accompagné d’une ligne ou grimace compatissante. Évidemment, comme moi, Ils étaient aussi touchés. Ils sont aussi arrivés à oublier la réalité que la plupart de telle histoire de compassion, dans les rues de Lagos, qui est censé évoquer la pitié et solliciter l’aide est souvent fausse.
Sans hésiter davantage, je lui ai versé 500 nairas. Le gars assis à côté de moi a ajouté 60 % de la somme que j’ai remise. J'avais trop de pitié pour l'homme et sa fille asthmatique.
"Personne ne mérite de mourir de telle maladie" Je me suis chuchoté.
J’ai toujours entendu et témoigné les gens souffrant de cette maladie et chaque fois, je souhaitais que je pouvais leur aider faire disparaitre la maladie dans n’importe quelle manière possible. L’homme comptait l’argent devant nous tous. C’était 2500 nairas au total ; il nous a remercié chaleureusement avant de finalement quitter. Les passagers du bus ont vraiment voulu sauver sa fille. J’étais davantage touché car même ceux qui, normalement, argumenteraient avec l’apprenti-chauffeur sur le frais de trajet ont pu donner à cette cause humanitaire.
« Les nigérians ne sont pas les diables que nous lisons dans les journaux et les médias sociaux alors. » J’ai soumis avec fierté.
« J’aurai juré que cet homme-là mentait si je n’avais pas vu la sincérité dans ses yeux. » Mon voisin de siège m’a confessé. On dirait qu’il a entendu mes pensées.
«Personne ne ment avec la mort ou telle maladie, surtout que cela concerne sa fille à lui» il a ajouté
J’ai hoché la tête et lui a dit : « vrai, vous avez raison. Merci. »
Tous les jours, on rencontre des escrocs se faisant passer pour des victimes. Alors, personne n’écoute ni crois plus personne. Personnellement, je préfère donner de l’argent aux mendiants propres. Mais ce jour-là j’avais vécu une expérience toute différente.

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Lieu : La gare d’Oyingbo, Lagos




 C’était le soir, les commerçants et commerçantes du soir étalaient leurs affaires, et moi, je me rendais chez moi fatigué. J'avais fini tôt au travail, alors je comptais passer le reste du soir en compagnie de mes draps et couverture. Les bus commerciaux se succédaient les uns aux autres en file indien. Il y a des années, l’arrangement des bus dans cette même gare routière se ressemblaient normalement à un dépotoir des voitures accidentées, mais la peur des officiers de LASTMA a rendu sensé ces chauffeurs. J'ai décidé de m'installer dans le premier bus en attendant que cela devienne rempli des passagers. En entrant, j'avais entendu un son le moment où j’ai mis mon premier pied dans le bus, le son se ressemblait à celui d’une déchirure. Je n’étais pas sûr de ce qu’il était mais quoi qu’il en soit cela s’était passé sous moi. Mon pantalon venait de crevé dessous.
« Quelle horreur ! » ma tête retentissait.
La veille, Je l’avais acheté à 2500 naira Yaba. Le commerçant âgé qui m’en avait acheté, m’avait aussi assuré de la qualité de l’étoffe et la couture solide du pantalon. La déception m’a envahi complètement de la tête aux pieds. Il est populaire que les versions factices de n’importe quel type de produits peuvent être trouvées partout à Lagos. Alors, il faudrait d’abord connaitre bien ce que l’on cherche avant de se rendre au marché et puis veiller à ce qu’il emballe exactement ce que l’on a acheté. Si non, on peut désemballer chez soi au constat qu’on a procuré quelque chose d’autre ; nos commerçants sont les magiciens. Et comme vous avez de le voir ; y compris les commerçants âgés.
Ayant vu que mon pantalon a déchiré dessous, je me suis assuré de rester cuisses fermées ; au moins jusqu’à ce que je ne descende de la voiture et commence à marcher vers chez moi. Le nombre de passagers dans ma rangée a été atteint mais les rangées derrières moi manquaient deux passagers chacune ; bien que nous ayons passés plus de quinze minutes dans le bus sans bouger et les passagers devienne peu à peu impatients, le conducteur veillerait à ce qu’il remplisse son bus. Moi, j’étais fatigué et ne pensais qu’à mon pantalon crevé et comment marcher sans que les gens remarquent la déchirure. Après une autre vingtaine de minute attendant à ce que le bus atteint son nombre de passagers maximum, comme être dans l’entrebâillement de la porte, je commençais à m’alterner entre le sommeil et le réveil comme les colporteurs nous faisaient la publicité pour leur produit. Soudain j’ai entendu une voix, c’était familier. C’était une voix spectaculaire ; ce n’était pas parce que la voix était douce mais justement à cause de ce que prononce la voix. Il nous offrait sa voix de la portière du bus. C’était très imposant. J’ai ouvert les yeux pour avoir une confirmation visuelle et ai continué à me frotter les yeux quand la personne est devenue le même gars à Ojuelegba dont sa fille mourait de l’asthme. Il est maintenant à Oyingbo avec la même fable. Sa fille mourait encore. Il contait la même fable qu’au premier jour. Rien n’est changé.
« Quelle honte ! » Je me suis dit.
La femme assise près de moi ouvrait son porte-monnaie pour lui donner de l’argent mais je l’ai pris par la main pour l’avertir que l’homme mentait. Mais je n’ai pas pu lui expliquer mon intention car la femme et l’homme me dévisageaient alors avec une grimace intense. Je lisais un mélange de la confusion et l’irritation dans le visage de la femme. Donc, j’ai laissé sa main en lui disant qu’elle allait se cogner le coude au fer du siège si elle ne faisait pas attention.
« Merci » Elle a murmuré sèchement
Elle n’était pas la seule personne qui lui a offrit de l’argent. J’ai compris bien leur statut d’esprit. Je l’avais aussi vécu avant. Tantôt ils comprendront tout tantôt ils perdront leur humanité encore. Chaque fois que l’on retrouve sa compassion à Lagos, quelqu’un vient la dérober. Quel cercle de vicieuse qui ne se termine jamais. La question c’est, comment tenir responsables les citoyens de Lagos la mort éventuelle d’une véritable victime de l’asthme dont son père vient à la gare pour supplier sincèrement l’aide des gens ? La faute serait à qui alors ? J’imagine que ces types de questions retentissent dans la tête et le cœur de beaucoup de Lagosiens pensant à l’humanité de leurs concitoyens.
À l’arrêt du bus, j’y ai descendu et je marchais à la maison tout en étant conscient de mon pantalon crevé.